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L'enfant roi
Les 32 millions de rejetons, des baby boomers, éclipsent le pouvoir que leurs parents ont déjà eu. Ces derniers sont, de toute façon, tellement occupés à tirer leur épingle du jeu, dans une société où la loi de la jungle s’impose, qu’ils n’accordent plus à leurs enfants que 40 minutes de leur temps, par semaine. Environ, deux millions et demie de jeunes de 12 ans et moins, sont laissés à eux-mêmes avant et après l’école. Pour s’en excuser, on en a fait la génération la plus riche de l’histoire, avec plus de 150 milliards de dollars US à dépenser annuellement. L’opportunité est trop belle. Le vide créé est remplacé par les produits, les marques et étiquettes qu’ils trouvent cool. (www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/shows/cool/)
Les parents et le système scolaire ont été délogés, en tant que transmetteurs de la culture, par les 5 compagnies responsables de cette mise en marché du cool: AOL/Time Warner, Viacom, Walt Disney, News Corp. et Vivendi/Universal (www.freepress.net/ownership/). Elles ne sont pas là pour sauver leurs âmes et, ne lésinent pas avec les moyens. Nos jeunes assimilent plus de 3000 pubs par jour, pour un grand total de 10 millions, avant qu’ils n’atteignent l’âge de 18 ans. Cette surenchère engendre des effets pervers. Pour continuer à étonner, tout en se distinguant de la compétition, les marchands du cool doivent repousser les limites de la violence, du sexe et du mauvais goût.
Le pouvoir d’achat des jeunes prend une importance indéniable. Ils l’utilisent comme bon leur semble et sont de plus en plus sophistiqués quant à leurs choix. Ils insistent pour être différents des autres et consomment les modes et tendances comme des papiers mouchoirs. Comme le prouve l’engouement pour la télé réalité et les concours de vedettes, la ligne de démarcation entre l’empire médiatique et le tangible est de plus en plus ténue. Les jeux vidéo, les tatous, le piercing, les sports extrêmes et la parade de nombrils ne sont que la pointe de l’iceberg de la lame de fond, qui assaille la culture mondiale. La tyrannie du concept de jeunesse éternelle fait déjà des dégâts. Sommes-nous équipés pour nous défendre ? Bienvenu dans le futur, ça va faire mal !
Internet comme gardienne: bonjour les dégâts!
La télé, les jeux et Internet forment la nouvelle trinité du divertissement électronique. La vacuité de la télé réalité a beau laisser songeur: c’est l’accès à Internet, dont jouissent les enfants et ce que cette nouvelle liberté implique qui cause de sérieux problèmes. Le dossier, de l’émission "Enjeux", sur la facilité d’accéder à de la porno hardcore, a sonné le glas de ceux qui s’obstinent à ignorer cette nouvelle réalité. (http://radio-canada.ca/actualite/enjeux/) Vu l’état des choses, la pratique des jeux vidéos semble être un moindre mal.
C’est l’incapacité des parents, à rejoindre le niveau d’expertise développé par leurs enfants, qui étonne. Le fossé va en s’élargissant. Une étude de la Henry J. Kaiser Family Foundation enfonce le clou (www.kff.org). On parle ici de petiots de 0 à 6 ans ! Ils passent autant de temps installés devant un écran d’ordinateur, qu’ils en passent à jouer dehors. Ils sont 48% à avoir utilisé un ordinateur, alors que 30% sont déjà des gamers. L’étude est téléchargeable ici: www.kff.org/content/2003/20031028/. La Nielsen/NetRatings rapporte de son coté que 21% des habitués d’Internet sont des enfants de 2 à17 ans. Ils sont 27 millions. Douze millions des 2-11 ans y accèdent dans la douceur du foyer. www.nielsen-netratings.com
Les parents décrocheurs en oublient que leurs rejetons évoluent dans une ambiance de privation économique, de violence familiale, de taxage, de prostitution juvénile, de taux record de suicides et, j’en passe et des meilleurs. Le CRTC a comme mission d’encadrer ce qui passe à la télé. Dans Internet c’est le capitalisme sauvage qui règne. Aucun organisme de régularisation n’existe. Les enfants sont toujours à un click ou deux d’ images qui pourraient les traumatiser. On se plaint que nos petits vieillissent trop vite, faudrait peut-être leur accorder le temps nécessaire, afin de protéger leur innocence.
Tout étant relatif !
La guerre la plus importante à gagner est celle contre la pauvreté et l’ignorance. Bien que le tandem Chrétien/Martin ait fait grimper le pourcentage d’enfants vivant sous le seuil de la pauvreté de 12 à 18%, les problèmes que nos petits rois doivent affronter sont méchamment relativisés, en comparaison à la détresse que le Bureau International du Travail (BIT) souligne. www.ilo.org/public/french/standards/ipec/index.htm
Plus de 120 millions d’enfants sont condamnés au travail forcé (lire: esclavage). C’est 300 millions des rejetons de l’humanité qui sont abusés sous diverses formes. Juste en Inde, qui se targue d’être la plus grande démocratie au monde, on compte 60 millions de jeunes exploités, dans tous les secteurs de l'économie. En Thaïlande, c’est 40 000 jeunes de quinze ans et moins qui sont prisonniers de proxénètes. Selon la Coalition to Stop the Use of Child Soldiers, il y aurait actuellement 300 000 esclaves-soldats.
Malgré ce terrible constat, les jeux vidéo demeurent, pourtant, la tête de turc des biens pensants, ainsi que la violence qui s’y retrouve, dans 20% des cas. C’est la pointe de l’iceberg dont l'immaturité intellectuelle et la morale sélective sont la lame de fond. L’attention est, une fois de plus, portée sur les "effets" des médias, plutôt que sur leur utilisation.
En fait, les parents n’ont jamais été si bien équipés pour éduquer leurs petits. Du déluge de chaînes télé, DVD et sites web disponibles, les parents ne devraient avoir aucun problème à trouver le contenu qui reflète des valeurs qu’ils comptent transmettre. Toujours est-il, qu’il faut percevoir les médias comme des alliés et non comme l’ennemi à abattre. Le Réseau Éducation-Médias est idéal pour s’y mettre. www.media-awareness.ca/francais/index.cfm
On nous a trop habitué à une certaine passivité face aux médias. Il faut plutôt développer la capacité de l’enfant à devenir non seulement un utilisateur averti, mais, également à se servir des médias comme un outil. Au minimum, les rendre conscients des rouages en place et les aider à devenir critique vis à vis du contenu qu’on leur présente. Les parents se doivent de regarder la télé, écouter de la musique, jouer des jeux et naviguer dans Internet avec leurs enfants. Commentez les contenus, engagez le dialogue, c’est à ce moment précis que commence le processus. Nos rejetons méritent mieux que d’être jetés en pâture aux conglomérats médiatiques pushers du dernier "cool".
L’achat de jeux pour les nuls… Oui, vous les parents!
Le combo jeunots/ados, vous fais sentir complètement dépassé? C’est normal! C’est la première fois, dans l’histoire, que les jeunes possèdent un plus grande expertise que leurs aînés, dans un domaine clé. Pour satisfaire les gamers qui vous entourent, il vous faudra premièrement les écouter, puis vérifier que leurs aspirations soient compatibles avec votre autorité morale. Gardez le dialogue ouvert ; quiconque contrôle la communication, à la main haute sur la conscience et l’organisation sociale de la famille. L’heure est aux héros!
On offre des jeux pour tous les âges, bien que le gamer moyen ait 26 ans. C’est à vous de les identifier. On vous a simplifié la tâche. Tous les jeux affichent leurs couleurs, grâce au système de classification de la ESRB (www.esrb.com). Une explication du système de classement et une excellente mise en situation est disponible ici : www.media-awareness.ca/francais/parents/jeux_video/systeme_classement_jeux.cfm
Bravo à Nintendo qui est la seule multinationale à offrir un emballage bilingue, conforme aux attentes de l'Office de la Langue Française. Voilà, à quoi ressemblent les symboles...


